L'événement co-organisé par la Société Sénégalaise de Réassurance (SENRE) et Ghana Re à Dakar continue de livrer ses enseignements. En marge des ateliers de formation, nous avons eu l'honneur de nous entretenir avec une figure incontournable du marché : le Docteur Kwaku Pierankra, Directeur Général et responsable des opérations techniques chez Ghana Reinsurance. Entre souveraineté continentale et partage d'expertise, retour sur une interview qui redessine l'avenir de l'assurance africaine.
25 ans d'histoire : Plus qu'un partenariat, une fraternité
Pour comprendre la réussite de ce séminaire international, il faut remonter à la genèse de la relation entre la SENRE et Ghana Re. Comme le rappelle d'emblée le Dr Pierankra, ce partenariat ne date pas d'hier : il s'appuie sur plus de 25 années de collaboration ininterrompue.
Au-delà des simples relations commerciales, il décrit la SENRE et Ghana Re comme de véritables « sociétés sœurs ». Cette fraternité se traduit par des échanges constants d'affaires, une participation mutuelle à leurs programmes de réassurance respectifs, et un accueil chaleureux et réciproque, que ce soit à Accra ou à Dakar. Ce séminaire est donc le fruit d'une confiance bâtie sur un quart de siècle.
Former pour performer : L'importance vitale des données statistiques
Au cœur de la démarche du Dr Pierankra et des organisateurs se trouve une volonté farouche de transmission. L'objectif principal de ce séminaire était clair : partager l'expertise technique et renforcer les capacités des cédantes (les compagnies d'assurance directes).
Pour le Directeur Général de Ghana Re, il est absolument crucial que les partenaires maîtrisent les rouages complexes de la réassurance. Il a notamment insisté sur l'importance capitale des données statistiques. Une remontée d'informations fiables et précises est la clé de voûte qui permet aux réassureurs de structurer des programmes adaptés et de protéger efficacement les bilans des cédantes.
Le succès a d'ailleurs été au rendez-vous. Le Dr Pierankra n'a pas caché sa fierté face à la participation exceptionnelle à cette formation, qui a pris une véritable dimension panafricaine en rassemblant des délégations venues du Maroc, de Mauritanie, de Madagascar, ainsi que de toute l'Afrique de l'Ouest et Centrale.
Souveraineté et "Collaborative Competitors" : Garder la valeur en Afrique
Mais le message le plus puissant de cet entretien reste sans conteste son appel à la souveraineté financière et technique du continent. Le Dr Pierankra a été catégorique : l'Afrique possède aujourd'hui l'expertise, les talents et les capacités nécessaires pour gérer ses propres risques. Il n'est plus indispensable de chercher systématiquement du soutien en Europe ou en Amérique. L'enjeu est de taille : il s'agit de freiner la fuite des capitaux et de conserver la richesse sur le continent.
Pour y parvenir, il a introduit un concept fort : celui des "Collaborative Competitors" (concurrents collaborateurs). Si les différents réassureurs africains sont naturellement en concurrence sur le marché, ils se doivent de collaborer intelligemment. Face à des risques de grande envergure (infrastructures, énergie, catastrophes naturelles), l'union fait la force. C'est en mutualisant leurs capacités que les réassureurs locaux pourront couvrir ces grands risques et renforcer l'industrie africaine dans son ensemble.
Bâtir l'avenir, année après année
L'entretien s'est achevé sur une promesse et un engagement pour l'avenir. Face à l'engouement suscité par cette édition dakaroise, le Dr Pierankra a réaffirmé l'importance cruciale de pérenniser ces programmes de formation.
Seule une action continue, renouvelée chaque année, permettra de consolider les acquis, de former les nouvelles générations et de construire, ensemble, une industrie de l'assurance africaine forte, souveraine et résiliente. La voie est tracée !